Saint Antoine

Publié le par Juliette Delattre

Le 13 juin, dans la plus grande effusion, célébrait-on la fête de Saint Antoine (de Padoue), le saint le plus aimé des brésiliens.

La dévotion à Saint Antoine, parvenue au Brésil avec les pierres des premières églises sur les caravelles lusitaniennes, n´a pas échappé au métissage des cultures qui caractérise le pays. Le syncrétisme religieux, fruit de la cohabitation des esclaves venus de la côte africaine avec les portugais, institua Ogum, orixá guerrier, comme l´homologue de Saint Antoine dans les rituels du candomblé (reprenant l´un des attributs du catholique, protecteur des batailles d´antan).

Bien différent des figures bibliques intangibles et sévères, son image, dégageant la bonhommie et la serviabilité, trouve une résonance particulière dans l´esprit populaire. Les situations les plus diverses de la vie quotidienne sont l´occasion d´invoquer l´appui de ce taumaturge infatigable, mais c´est surtout en tant que "santo casamenteiro" qu´il est révéré au Brésil, à la fois adjuvant et protecteur des unions*. De pittoresques quatrains manifestent les requêtes des demoiselles :

Santo Antônio me case já (Saint Antoine, marie-moi vite)
Enquanto sou moça e viva (Tant que je suis jeune et alerte)
Porque o milho colhido tarde (Le maïs cueilli sur le tard)
Não dá palha nem espiga (Ne rend ni paille ni épis)

De nombreuses figures de Saint Antoine se retrouvent dépouillées du petit Jésus qu´il a l´habitude de soutenir, car selon la croyance populaire, le larcin optimiserait les chances des esseulées. En cas de désespoir ou d´impatience, il est aussi d´usage de renverser le saint sur la tête, en équilibre sur sa tonsure. 

Outre son habilité à faire réapparaître des objets égarés, Saint Antoine veille aussi à ce que la nourriture ne manque pas dans les foyers, mission d´importance dans le Nordeste, la région la plus pauvre du pays. C´est pourquoi le 13 juin, la tradition veut- elle que soient distribuées de petits pains ronds (chacun en achète une ribambelle) qui seront conservés dans le pot de farine de manioc, base de l´alimentation brésilienne.

Mercredi dernier, c´était aussi la clôture de la "trezena" que l´on fêtait : treize jours d´oraisons quotidiennes consacrées au saint, chantées dans un portugais sybillin du XVIème siècle. Le chiffre correspondrait au temps mis par le saint personnage à remettre la main sur son bréviaire, introuvable (comme quoi ça arrive même aux meilleurs). Nombre de pratiquants s´étaient préparés pour pouvoir recevoir chaque soir famille et amis et prier ensemble pendant une heure. Intriguée par le manège, je me suis rendue le sixième jour chez une musicienne, qui s´organise chaque année depuis plus de 25 ans pour rendre hommage à son saint favori. Une vingtaine de personnes de tous âges, réunis dans le salon autour d´un autel érigé pour l´occasion, entonnaient les prières dans un nuage d´encens. L´ accordéoniste, les banderoles multicolores, les bougies, les gâteaux et les liqueurs requinquantes donnaient à la réunion un air joyeux et léger. Et tout s´est terminé avec le rythme entraînant du forró, un genre musical typique du Nordeste, annonçant déjà les réjouissances de la Saint Jean...

*Il est amusant de noter qu´au Brésil, le jour des amoureux se fête le 12 juin, c´est-à-dire la veille de la Saint Antoine; je n´ai pas réussi à savoir s´il s´agissait d´une corrélation ou de l´ironie du sort...

 

 

Publié dans Foi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article