Périple au Piauí

Publié le par Juliette Delattre

Me voilà de retour d´une expédition bien dépaysante, dans l´État du Piauí, situé au septentrion du Nordeste du Brésil.  Le nom guilleret de la contrée laisse mal percevoir qu´il s´agit de l´une des régions les plus désertiques du pays. Avec quasiment trois millions d´habitants (2.843.278) regroupés sur une aire de 251.312 km², c´est l´un des États les moins peuplés du Nordeste (à titre de comparaison, la région de Bahia réunit 13.070.250 d´habitants sur 564.273 km², soit une densité démographique deux fois plus importante).

Pour arriver dans la petite municipalité de Coronel José Dias, terme du voyage, il nous aura fallu, à Roland et moi, plus de 24 heures de voyage de bus. À Juazeiro, dernier bastion bahianais avant le Pernambouco où nous faisons étape, le changement de climat est déjà perceptible. Les bâtiments, tous plus ou moins identiques, sont dispersés dans un paysage déserté. Quelques chevaux errants furètent parmi les immondices. Les visages sont plus carrés, les traits du même cuir que celui des chapeaux : on est entré dans le pays des vaqueiros, des vachers. Le boeuf est d´ailleurs la spécialité locale, préparé à toutes les sauces : des caldos de bode (soupe de boeuf) au bode assado (rôti),  en passant par les quentinhas de bode (plats tout préparé à emporter), les menus ne sont pas très variés. Il existe même un "boiódromo" à Petrolina, ville voisine, véritable banquet  en l´honneur du bovidé : les amateurs de pizzas au boeuf en disent beaucoup de bien.

La route à partir de Juazeiro évolue elle aussi : plus trace de macadam, le goudron coulé directement sur la terre laisse apparaître de constantes crevasses qui ralentissent considérablement l´allure du bus. La luxuriance du littoral à laissé place au sertão, territoire de l´intérieur du Nordeste caratérisique par son aspect brûlé. C´est le far-west qu´on traverse cahin-caha: des cactus apparaissent çà et là, dressés parmi les étendues interminables de caatinga, la faune locale (des buissons bas de bois gris et fin, très inflammable). La chaleur étouffante fige les alentours; seuls quelques urubus (des vautours) planent dans le ciel tandis que des ballots de poussière se courent après sur les routes.... La sécheresse sévit depuis plus d´un an, alors que la période des pluies s´étend normalement entre novembre et mars. Des troupeaux de chèvres et de... boeufs (qui ressemblent plutôt à des gnous) viennent entacher la monochromie du paysage. Les maisonnettes ont pris la teinte de la poussière rouge du sol, à l´exception étonnante des églises, simples bâtisses reconnaissables à leur croix au pignon. Rien à voir avec les paroisses baroques de Salvador ! La foi est très présente ici : c´est vrai que cette immensité monotone et ce silence ont quelque chose d´un peu mystérieux, d´oppressant, en dépit de leur solennité. On ne se sent pas grand´chose face à tant d´espace, à un temps immémorial qui semble s´être arrêté. Euclides da Cunha, l´auteur du classique Os sertões (1902), affirmait dans une phrase restée célèbre que le sertanejo (l´habitant du sertão) était un homme fort. Et il en faut de la résistance, pour supporter une telle aridité !

 

Publié dans Aventures

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LD 22/05/2007 16:06

C'est vrai qu'avec des photos, ce serait encore mieux. C'est quoi exactement la phrase d'Euclides da Cunha ?
 

Tribal 14/05/2007 21:36

ouais, les bon vieux vaqueros. M'en parle pas, je m'en bouffe tous les jours de ces vieux loosers au style texan et entassés dans leur vieux pick-up pérave, avec santiags et ceintures plus voyantes les unes que les autres... Monterrey, ou la beaufitude incarnée. Mais c'est vrai qu'on a de la pure viande par ici, comme quoi tout se paye...Je t'embrasse.thib.

rebecca 13/05/2007 21:35


Rhoulie ! C'est super tout ça, ça a l'air fou, envoie-nous des photos aussi, et des infos plus personnelles, allez quoi...
il se passe quoi pour toi l'année prochaine ??
je t'embrasse, j'ai hâte de te voir !
La Rouquine