Précisions sur le candomblé: le syncrétisme religieux

Publié le par Juliette Delattre

Concernant "Le cheval des dieux", de H.G. Clouzot, il me faut amender mon jugement, il y a quand même des passages intéressants dans cet étrange carnet de voyage (paru en 1951). Il rapporte notamment une conversation tenue un soir dans un petit café de Rio avec Edison Carneiro, journaliste et écrivain bahianais, l´un des investigateurs les plus importants de la culture afro-brésilienne. Clouzot s´apprêtant à partir en paquebot pour Salvador, Carneiro le charge de transmettre un certain nombre de lettres à des mães-de-santo (mère-de-saints, charge suprême: régente du terreiro). Une discussion s´entame:

" Rien n´est changé [poursuit] Carneiro. Vous allez voir. À Bahia, on fête toujours Oxóssi [l´orixá des forêts et de la chasse] le jour de la Saint-Georges et Ogun [l´orixá du fer et de la guerre] le soir de la Saint-Antoine. Le syncrétisme entre la religion catholique et le candomblé est maintenant presque complet. (...) C´est une histoire étrange, qui date du temps de l´esclavage. À cette époque, les maîtres, qui voyaient les religions africaines d´un mauvais oeil, avaient rendu le catholicisme obligatoire pour les esclaves. D´ailleurs, nos pauvres noirs étaient à la fois ravis et intimidés par ces églises tout en or, les plus riches palais que Jésus possède sur la terre [c´est vrai que les églises barroques apportées pierre par pierre du Portugal sont très impressionnantes]; seulement ils tenaient à leurs dieux à eux, à leurs orixás. Alors, pour les vénérer et les fêter tranquillement, ils eurent l´idée de leur donner des noms de saints catholiques. Ainsi, Nanã devint Sainte Anne, Omulu Saint Lazare, Oxalá Jésus-Christ... Chaque orixá portait, comme un masque sur son visage noir, le visage d´un saint blanc. Et puis, les années passant, ce qui avait commencé par être un subterfuge devint une véritable identification. Le candomblé, aujourd´hui, a fondu les diverses religions africaines de la côte des esclaves, mais il a aussi incorporé certains rites catholiques et certaines survivances indigènes. Vous trouverez même des influences spirites."

C´est encore vrai aujourd´hui. La fête de Sainte Barbe, commémorée le 4 décembre, est aussi celle de Iansã, orixá des vents et des tempêtes. Ce jour-lá tous les fidèles étaient vétus de rouge, couleur attribuée à la divinité, et défilaient en alternant des oraisons en portugais et en yorouba... De même pour tous les orixás. Le Lundi par exemple, jour d´Omulu ou Obaluaiê, orixá des maladies et de la cure, la paroisse de Saint Lazare (son équivalent catholique) fait éclater du pop-corn, nourriture symbolique de la divinité...

Carneiro continue d´expliquer : " Attention ! Il ne s´agit pas de simples relations passagères et accidentelles avec les morts. Les deux mondes se confondent dans le candomblé. Les dieux et les morts se mêlent aux vivants dans le terreiro, ils écoutent leurs questions, leur donnent des conseils, leur accordent des grâces, leur indiquent des remèdes pour leurs maladies et les consolent dans leur infortunes. Le monde céleste n´est pas distant ni supérieur, et le fidèle peut converser directement avec les dieux et profiter de leur bienveillance." Voilà la grande différence avec le catholicisme: pas de paradis à l´horizon, c´est ici et maintenant que tout se passe.

 

Publié dans Foi

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