Les origines du candomblé

Publié le par Juliette Delattre

Le texte qui suit est l´extrait de la préface écrite par Pierre Verger  (en portugais; traduction artisanale) à un livre consacré à l´un des terreiros les plus connus de Salvador et du Brésil, l´Axé Opô Afonjá. Verger, à l´époque de la rédaction, en 1962, était déjà devenu le babalaô Fatumbi, initié au culte des orixás en 1948 par Mãe Senhora, la mère-de-saint de l´Opô Afonjá justement. Fatumbi, en yorouba (dialecte du S-O du Nigéria et du Nord del´ex Dahomé), fait allusion à sa renaissance par les grâces de Ifá, capitale spirituelle du royaume Nagô, berceau du candomblé dahoméen éponyme (qui diverge du candomblé angola, pratiqué par les bantus en Angola et au Congo). Thédore Monod, directeur de l´Institut de l´Afrique Noire, lui avait offert la même année une bourse de recherche pour partir étudier les racines du candomblé au Dahomé (actuel Bénin) et au Nigéria. Il est peu à peu devenu l´un des spécialistes en la matière.

Verger explique que des centaines de terreiros se sont établis au Brésil, " dans lesquels les traditions africaines se maintiennent avec une telle dignité qu´ils sont déjà parvenus à gagner le droit de cité" de ce côté de l´Atlantique (il fait référence aux persécutions récurrentes auxquelles les terreiros avaient été confrontés depuis leur création, avec la venue des esclaves à partir du XVIème siècle).

"Initialement, ces associations religieuses ont été créées par des africains, auxquels se joindront plus tard leurs descendants créoles, nés au Brésil. Dépassant cette étape, les croyances de ces classes précédemment serviles s´étendirent à d´autres couches sociales, en même temps que les premiers praticants, d´esclaves passaient à être citoyens brésiliens.

Les différentes éthnies qui contribuèrent à la formation du Brésil se sont en grande partie fondues dans la région de Bahia, où la discrimination raciale était minime. Le candomblé est tout autant une affirmation d´union et de concorde, puisqu´il fût lui-même le fruit d´un entrelacement de croyances, et, tout comme dans les corps métisses de ses fidèles, les orixás (les divinités) nagôs, les voduns jejês se confondirent et s´unirent avec les saints catholiques, adorés avec la même ferveur. Le terreiro de l´Opô Afonjá est l´un des dépositaires les plus précieux de la tradition des nagôs de Ketu.

La capitale de l´ancien règne de Ketu est situé dans l´actuelle République du Dahomé [devenu le Bénin], mais une partie de son territoire se retrouve au Nigéria, suite à la découpage arbitraire réalisé par la France et l´Angleterre, à la fin du XIXème siècle. Parmi toutes les régions dont les esclaves jadis apportés au Brésil sont originaires, c´est celle de Ketu qui a le mieux su conserver le rituel de sa religion, rituel qui a toujours été adopté et imité par les terreiros de Bahia, quels que soient leur origine.

Les raisons de cette prédominance spirituelle s´expliquent aussi par les guerres entre les peuples dahoméen et yorouba, et à l´affaiblissement conséquent de ce dernier royaume au début du XIXème siècle.  Les habitants de la citadelle de Ketu, davantage exposée aux incursions du Dahomey, et détruite par les assauts successifs, ont été vendus aux négriers de la côte.

C´est ainsi que de nombreux sacerdotes d´orixás ont été amenés au Brésil. Divers éléments des nations yorouba (le terme religieux "nation" s´emploie pour différiencier les communautés de candomblé selon leur provenance géographique) et dahoméennes voisines de Ketu, jusqu´alors minoritaires à Bahia, s´unirent aux nouveaux arrivants dont la connaissance des rituels était plus profonde. C´est pour cela que le mot "ketu" à gagné un sens nouveau de réunion, d´accord, de groupe, parmi les descendants africains à Bahia ."

Verger précise dans sa thèse, Flux et Reflux, que le flot ininterrompu d´esclaves se déversant sur les littoraux du Brésil se divise en quatre périodes:

1- le cycle de la Guinée (2nde moitié du XVIème siècle)

2- le cycle de l´Angola et du Congo (XVIIème siècle)

3- Le cycle de la côte de Mina (1800-1875)

4- Le cycle de la baie du Bénin (1770-1850, incluant la période du trafic clandestin, officiellement prohibé à partir de 1830.

Les nagô-yorouba, arrivés lors de la dernière phase du trafic, se sont massivement retrouvés à Salvador, jusqu´à constituer le groupe prédominant parmi les esclaves, influençant l´ensemble des moeurs et des coutumes des africains. À Rio et dans le reste du Brésil, le candomblé angola est davantage développé, ayant principalement accueilli des bantus à partir du deuxième cycle, et surtout  du cycle de la côte de Mina.

Publié dans Foi

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P. 27/07/2007 22:53

Je me doutais que tu connais déjà le sujet.A suivre ?